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Publié le 1 juin 2026

Organisé le 28 mai à Liège, l’événement "Coopérer à l’ère digitale" a réuni plusieurs acteurs engagés dans des démarches de mutualisation numérique en Wallonie. À travers les témoignages autour de projets tels que Coophub, FCSD ou Ressources, cette initiative, en lien avec la priorité "transformation et innovation numériques" de Digital Wallonia, a permis de partager des expériences et d’illustrer les enjeux liés au développement de solutions numériques communes.

En clôture de la rencontre, Laura Weertz, chercheuse au LENTIC a proposé une analyse des enseignements issus de ces différentes initiatives. Elle souligne que les projets de mutualisation relèvent avant tout de démarches de coopération entre organisations, au-delà des enjeux technologiques.

Construire une dynamique collective


Un premier constat s’est imposé au fil des échanges : mutualiser un outil ne suffit pas à créer une dynamique collective. Si ces démarches répondent souvent à des objectifs de rationalisation des ressources, de maîtrise des coûts ou de renforcement de l’autonomie numérique, leur réussite dépend essentiellement de la capacité des partenaires à construire une vision commune et à organiser des espaces de dialogue permettant de prendre des décisions collectives dans la durée.

Trouver un équilibre entre standardisation et adaptation


La conception d’un outil partagé soulève rapidement des questions de gouvernance et d’organisation. Quels processus harmoniser ? Quels besoins considérer comme prioritaires ? Jusqu’où standardiser les pratiques sans limiter la capacité d’adaptation des acteurs ?

Selon Laura Weertz, ces interrogations traduisent une réalité fréquemment observée dans les projets collaboratifs, que la littérature sur les systèmes d’information décrit notamment à travers la notion de "rivalité de conception » : les organisations participantes ne poursuivent pas toujours les mêmes objectifs et ne disposent pas nécessairement des mêmes contraintes opérationnelles. L’enjeu n’est cependant pas de faire disparaître ces différences, mais de créer des mécanismes permettant de les rendre visibles et arbitrables.

Adopter une approche progressive


L’analyse a également souligné l’importance des approches progressives dans la conduite des projets de transformation numérique mutualisés. Les initiatives présentées ont montré que le développement par étapes, l’intégration graduelle de nouveaux partenaires ou encore l’élargissement progressif des usages permettent non seulement de sécuriser les trajectoires de transformation, mais aussi de renforcer la confiance entre les acteurs et d’ajuster les modalités de gouvernance au rythme de l’évolution du projet.

Structurer la gouvernance


Dans cette perspective, la gouvernance apparaît comme une composante structurante de la mutualisation. Comités de pilotage, groupes de travail, dispositifs participatifs ou instances de représentation constituent autant d’espaces indispensables pour accompagner les évolutions futures, gérer les nouvelles demandes, anticiper les besoins de financement et maintenir l’engagement des partenaires.

Plusieurs expériences présentées ont d’ailleurs illustré la nécessité, à mesure que les projets gagnent en maturité, de formaliser des structures dédiées afin d’en assurer la continuité.

Intégrer les impacts organisationnels dès la conception


Au-delà des questions organisationnelles, Laura Weertz a également insisté sur les effets concrets que les dispositifs numériques produisent sur le travail quotidien des équipes. Les mécanismes de standardisation, d’automatisation ou de traçabilité modifient les pratiques professionnelles et peuvent parfois entrer en tension avec d’autres objectifs tels que la proximité avec les bénéficiaires, l’autonomie des travailleurs ou la capacité d’adaptation aux réalités du terrain.

Les ajustements développés par les utilisateurs ne doivent dès lors pas être perçus comme des résistances au changement, mais comme des indicateurs précieux permettant d’améliorer les dispositifs et de mieux les aligner sur les usages réels.

Construire une culture du commun numérique


Enfin, Laura Weertz a conclu son intervention en insistant sur la nécessité de construire un cadre collectif capable d’articuler des besoins différents, d’organiser les décisions et de faire évoluer les solutions dans la durée.

À l’heure où de nombreuses organisations explorent de nouvelles formes de coopération numérique, ces démarches apportent des enseignements concrets sur les conditions nécessaires à la construction de communs numériques durables et créateurs de valeur pour l’ensemble de l’écosystème.

Pour en savoir plus

À propos de l'auteur.

Marie-Pierre Van Dooren


Agence du Numérique