Etude et analyse

Publié le 24 septembre 2026

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Réalisé par l’AdN et l’AVIQ, ce premier baromètre de maturité numérique des établissements wallons d’accueil et d’hébergement pour aînés montre un secteur engagé dans sa transition numérique. Le dossier informatisé de soins, les logiciels de gestion et la digitalisation de la préparation des médicaments sont largement répandus. Les défis concernent la cybersécurité, les données, l’interopérabilité et l’IA.

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Entre outils numériques désormais bien installés et transformation encore incomplète des pratiques, le Baromètre de l'Agence du Numérique met en évidence une maturité numérique contrastée. Si les établissements ont globalement dépassé le stade de la simple adoption technologique, le défi consiste désormais à passer de l’équipement à l’impact, en intégrant davantage le numérique dans la gouvernance, la prise de décision et l’organisation du travail.

Ce premier état des lieux intervient dans un contexte marqué par le vieillissement démographique et la pénurie de personnel. Le secteur représente près de 50.000 lits en Wallonie.

Des directions largement convaincues par le numérique


55 % des dirigeants des maisons de repos et des maisons de repos et de soins (MR-MRS) se déclarent convaincus par le numérique, contre 34% dans l’économie conventionnelle. Ce niveau de conviction traduit la reconnaissance du caractère désormais incontournable des outils numériques dans le fonctionnement des établissements.

Cette adhésion se traduit progressivement dans la gouvernance. 57% des établissements ont déjà formalisé, au moins partiellement, une stratégie numérique, tandis que 34% indiquent s’appuyer sur une stratégie concertée.

Lorsqu’une stratégie existe, elle intègre des objectifs et des indicateurs de performance dans 80% des cas, la planification et la priorisation des projets dans 71% des cas, ainsi que la gestion des ressources financières et humaines dans 66% des cas.

76% des établissements considèrent le numérique comme un levier d’amélioration de la qualité des soins et des services. 67% constatent une amélioration de leur offre de services et 64% des effets positifs sur leur efficacité administrative.

Des infrastructures et des logiciels désormais bien ancrés


Le secteur dispose aujourd’hui d’un socle technologique relativement solide. 80 % des établissements utilisent des réseaux Wi-Fi distincts pour le personnel et les résidents. Cette segmentation contribue notamment à mieux protéger les flux professionnels.

Les logiciels métiers sont également largement généralisés :

  • 93% des établissements utilisent un logiciel dédié au dossier informatisé de soins (DIS),
  • 91% disposent d’un logiciel de gestion administrative et des prestations, notamment pour les ressources humaines.
  • 54% recourent également à un système EDI permettant l’échange automatisé de données avec des partenaires, notamment les pharmacies.

La préparation médicamenteuse individuelle (PMI) illustre également cette transition progressive : 89% des établissements ont engagé un processus de PMI, dont 37% de manière entièrement digitalisée.

La prescription électronique des médicaments est utilisée dans 82% des établissements concernés, la traçabilité numérique des médications dans 62% et la préparation des doses assistée par logiciel dans 60%.

Les compétences humaines, condition essentielle de la transformation


Si les outils progressent, leur appropriation reste un défi majeur. 69% du personnel perçoit le numérique comme un changement nécessaire, mais contraignant.

Au cours des deux dernières années, seulement 1,45 jour de formation par travailleur a été consacré au numérique.

Les établissements identifient trois freins majeurs à la montée en compétences numériques :

  • la résistance au changement (78% ),
  • le manque de compétences numériques, (75%),
  • le manque de temps pour se former, (60%).

Dans un secteur soumis à de fortes exigences en matière de continuité des soins et à des contraintes d’effectifs, dégager du temps pour développer les compétences constitue un enjeu organisationnel à part entière.

L’enjeu n’est donc pas uniquement technologique. Lorsque l’accompagnement au changement est insuffisant, les outils peuvent être vécus comme une contrainte supplémentaire. Pour produire pleinement leurs effets, ils doivent avant tout simplifier le quotidien des professionnels et contribuer à libérer du temps pour l’accompagnement humain.

Cybersécurité : des protections de base présentes, mais une culture cyber encore fragile


La cybersécurité constitue l’un des principaux points de vigilance du Baromètre MR-MRS :

  • 76% des établissements déclarent connaître des incidents techniques occasionnels, comme des coupures d’Internet ou des opérations de maintenance de logiciels,
  • 43% sont confrontés à des vulnérabilités, par exemple une faille dans un logiciel,
  • 16% à des tentatives de hameçonnage par l’intermédiaire d’un lien frauduleux.

Le baromètre relève également que :

  • 72% reconnaissent un déficit d’information du personnel en matière de cybersécurité,
  • 85% n’ont pas documenté de procédures destinées au personnel en cas d’attaque,
  • 57% n’ont jamais formé leurs équipes aux risques cyber.

Dans un secteur qui traite quotidiennement des données personnelles et de santé sensibles, le facteur humain constitue dès lors une vulnérabilité importante.

Les protections fondamentales sont néanmoins largement présentes :

  • 96% des établissements utilisent une authentification par identifiant et mot de passe,
  • 84% recourent à des sauvegardes réalisées par un prestataire.

Les dispositifs plus avancés restent beaucoup moins répandus : 43% disposent d’une double authentification et 31 % recourent au chiffrement des données.

Enfin, 61% déclarent connaître la directive NIS2, mais cette connaissance ne se traduit pas encore systématiquement par une adaptation des mesures de cybersécurité.

La donnée largement collectée, mais peu transformée en outil de pilotage


85 % des établissements collectent ou exploitent des données, mais seuls 39% déclarent avoir formalisé une politique de gouvernance de la donnée. Leur utilisation répond d’abord aux obligations réglementaires imposées par l’AVIQ dans 91% des cas, à la sécurisation des données médicales dans 85% des cas et à la nécessité d’en faciliter l’accès aux équipes dans 72% des cas.

Le passage de la collecte au pilotage stratégique reste donc limité dans le secteur. Seuls 11 % des établissements déclarent intégrer systématiquement les données dans leurs processus décisionnels.

Les principaux obstacles identifiés sont les suivants :

  • 66% considèrent l’exploitation des données comme non prioritaire,
  • 53% évoquent un manque de compétences,
  • 38% mentionnent des outils inadaptés.

La donnée est abondante, mais demeure largement sous-exploitée pour orienter la stratégie, piloter la qualité des services ou alimenter l’évaluation des politiques publiques.

Intelligence artificielle : un potentiel identifié, mais encore exploratoire


L’intelligence artificielle n'occupe pas encore une place clairement définie dans la majorité des établissements.

65% déclarent ne pas l’utiliser, contre 31% qui indiquent y avoir recours. 4% restent incertains quant à son utilisation. Cette dernière donnée doit être interprétée avec prudence, car certaines solutions utilisées par les établissements peuvent déjà intégrer des mécanismes d’IA sans être identifiés comme tels par leurs utilisateurs.

Parmi les établissements qui utilisent l’IA, 47% la mobilisent pour améliorer les soins et le diagnostic du résident ainsi que pour automatiser des opérations courantes. Son utilisation pour développer de nouveaux services d’aide et de soins reste marginale, à 5%.

Les résultats de l’enquête situent l’IA à un stade encore exploratoire. Son développement dépendra de cas d’usage concrets et d’une appropriation compatible avec les contraintes éthiques, humaines et organisationnelles du secteur.

Un secteur connecté, mais une interopérabilité encore insuffisante


79% des établissements déclarent disposer de connexions informatisées avec d’autres entités.

Néanmoins, seuls 11% des établissements déclarent utiliser régulièrement l’interopérabilité avec le Réseau Santé Wallon (RSW). 73% ne l’utilisent pas, 7% l’utilisent partiellement et 9% ne connaissent pas le RSW.

L’intégration insuffisante des logiciels de dossier informatisé de soins au RSW constitue notamment un frein à la circulation de l’information au sein du parcours de soins.

L’un des enjeux à venir consistera à renforcer l’interopérabilité afin de fluidifier les échanges entre les établissements, les médecins, les hôpitaux et les autres professionnels impliqués dans la prise en charge des résidents.

Maturité numérique du secteur


Le Baromètre fait apparaître une maturité numérique qui ne progresse ni uniformément ni de manière linéaire. L’AdN distingue trois niveaux :

  • un premier socle dans lequel le numérique assure principalement le fonctionnement et la continuité des activités,
  • un niveau intermédiaire dans lequel il optimise les processus existants,
  • un niveau avancé dans lequel il devient un levier de transformation et d’innovation.

Les établissements wallons ont globalement dépassé le stade de la simple adoption technologique. Le socle numérique est installé : dossiers informatisés de soins, logiciels de gestion, outils de planification, préparation médicamenteuse individuelle et infrastructures sont largement présents.

Le défi consiste désormais à passer de l’équipement à l’impact, en intégrant davantage le numérique dans la gouvernance, la prise de décision et l’organisation du travail.

Cette progression reste toutefois différenciée. Les rythmes et les logiques propres aux secteurs privé commercial, privé associatif et public plaident pour des formes d’accompagnement adaptées aux réalités des différents établissements, plutôt que pour une trajectoire uniforme.

Recommandations de l’Agence du Numérique


Sur la base des enseignements du Baromètre, l’Agence du Numérique formule six recommandations destinées à accompagner le secteur dans le passage d’une digitalisation progressive à une transformation plus structurée.

Structurer la transformation numérique du secteur

L’AdN recommande de définir une feuille de route régionale adaptée aux différents niveaux de maturité, afin de permettre à chaque établissement d’évoluer en fonction de sa réalité. Les soutiens publics devraient notamment cibler des investissements durables, interopérables et mutualisables.

Faire de la cyber-résilience un enjeu stratégique

La cybersécurité doit devenir un sujet de gouvernance et de continuité des soins, sans rester cantonnée aux équipes techniques. L’AdN recommande la définition d’un cadre minimal de cybersécurité ainsi que la mise en place d’un programme sectoriel de sensibilisation et de formation, afin de faire de la sécurité numérique une compétence collective.

Renforcer les compétences numériques

Les directions doivent pouvoir exercer un leadership numérique et piloter les transformations en tenant compte des besoins du terrain. Pour les professionnels, les formations doivent davantage associer les compétences métier et les compétences numériques, désormais étroitement liées.

Ancrer le pilotage par la donnée

L’enjeu consiste à dépasser une collecte essentiellement réglementaire pour transformer les données en outils de connaissance, de décision et d’amélioration de la qualité. Une maîtrise plus homogène des données permettrait également de mieux objectiver les pratiques et de soutenir les politiques publiques.

Exploiter l’IA pour améliorer la prise de décision

L’AdN recommande d’identifier les besoins transversaux et de prioriser des usages concrets de l’IA, notamment pour la qualité des soins, la planification ou le reporting. Cette évolution devrait être accompagnée d’une charte garantissant un usage éthique, transparent et sécurisé, ainsi que de formations destinées au personnel encadrant.

Accélérer l’intégration du secteur dans l’écosystème de l’e-santé

L’interopérabilité doit devenir un levier de coordination et de continuité des soins. Les échanges avec les hôpitaux, les médecins traitants, les pharmacies et les plateformes de santé doivent progressivement s’inscrire dans une logique de parcours intégré. L’objectif est également de mieux positionner les établissements d’accueil et d’hébergement pour aînés au sein des politiques wallonnes d’e-santé.

Conclusions


Ce baromètre constitue à la fois un diagnostic et le point de départ d’une démarche sectorielle. L’AVIQ prévoit de confronter ses résultats aux réalités du terrain avec les experts, les directions, les infirmiers-chefs et les fédérations, afin d’élaborer une feuille de route commune et progressive.

Les travaux doivent s’échelonner de 2027 au premier trimestre 2028. Ils auront pour objectif de définir des priorités, des actions réalisables, un calendrier et des indicateurs de suivi.

Pour en savoir plus

À propos de l'auteur.

Marie-Pierre Van Dooren


Agence du Numérique