Comment le numérique peut-il transformer votre entreprise et accélérer la transition vers une économie circulaire ? Ce témoignage, extrait du livre blanc "Du concept à la pratique : cinq leviers technologiques pour une économie circulaire", illustre cette dynamique dans le cadre des stratégies Digital Wallonia et Circular Wallonia.
Entreprise générale de construction de classe 8, Galère est un acteur majeur dans la réalisation de bâtiments et d’infrastructures en Wallonie, à Bruxelles et au Grand-Duché de Luxembourg. Hôpitaux, universités, routes, viaducs… ses chantiers sont aussi divers que nombreux.
Derrière cette activité intense, une réflexion de fond s’est imposée : comment réduire l’impact environnemental d’un secteur reconnu comme l’un des plus impactants ?
Chez Galère, cette démarche ne date pas d’hier. L’entreprise était déjà certifiée ISO 14001 lorsque le groupe BAM, ancien actionnaire, a initié la publication de rapports de durabilité avec des objectifs environnementaux, bien avant les obligations européennes. Aujourd’hui intégrée au groupe Thomas & Piron, Galère poursuit cet engagement préalablement entamé.
"L’économie circulaire a été intégrée officiellement à notre politique QSEÉ (Qualité, Sécurité, Environnement, Énergie) dès 2020. Dans les faits, on récupérait déjà les matériaux sur les chantiers. La vraie différence, c’est que tout cela s’est structuré.", explique Anne-Sophie Hallet, Coordinatrice Qualité, Environnement, Économie Circulaire.
Formation et expérimentation sur le terrain
Le tournant s’opère réellement avec la participation en 2020 et 2021 au programme Build Circular, à Bruxelles. Ce dispositif permet de former tous les profils aux principes de l’économie circulaire.
En parallèle, Galère dépose un dossier dans le cadre de l’appel à projets "Chantiers et services circulaires" lancé par la Wallonie en 2021.
Le projet sélectionné porte sur la réhabilitation d’une friche industrielle à Tournai, et intègre une série de pratiques circulaires à l’échelle du chantier : maintien de l’existant, gestion des déchets, choix de matériaux de réemploi, etc.
"C’est la combinaison de ces deux dynamiques, formation des équipes et retour d’expérience terrain, qui nous a vraiment permis de monter d’un cran", souligne Anne-Sophie.
D’un côté, les formations ont éveillé la curiosité et sensibilisé l’ensemble du personnel à ces nouvelles pratiques. De l’autre, le projet pilote a permis de tester ces approches sur un cas réel, d’en tirer des enseignements, et de disséminer les bonnes pratiques dans toute l’entreprise.
CORNERMAT. Une plateforme simple pour faire du réemploi un réflexe
C’est dans cette dynamique que Galère adopte CORNERMAT, une plateforme numérique de réemploi de matériaux de construction. Accessible à tous, elle permet de rechercher des matériaux qui attendent une seconde vie.
"Nous consultons leur site comme n’importe quel particulier. Et parfois, nous les contactons en direct pour anticiper nos besoins futurs pour certains matériaux."
Au fil du temps, la plateforme s’intègre aux pratiques. "C’est lent, mais progressif. Les gens commencent par poser des questions, puis ils cherchent eux-mêmes et en parlent entre eux."
Sur certains chantiers, CORNERMAT est aussi sollicité pour récupérer les matériaux encore en bon état, après curage. C’est le cas du démantèlement du siège social de l’entreprise : plus de 13,5 tonnes de matériaux ont été réinjectées sur le marché du réemploi.
Il s’agissait notamment de chemins de câbles, dalles de plafond, éclairages LED, sanitaires ou encore portes coupe-feu. La majeure partie via CORNERMAT. Autant d’éléments qui, auparavant, auraient terminé à la décharge.
Le numérique comme levier, l’humain comme moteur
Pour Anne-Sophie Hallet, l’apport du numérique est réel, mais ne suffit pas. "L’outil est bien conçu, mais ce qui fait la différence, c’est l’humain qui l’utilise. Le vrai levier, c’est la formation et la sensibilisation. "
Et si tous les essais ne sont pas couronnés de succès, l’approche par "essai-erreur" permet d’apprendre à chaque tentative. "Même si une démarche ne fonctionne pas, elle ouvre souvent la voie à de nouvelles idées, de nouveaux partenaires, de futurs réemplois."
Aujourd’hui, les habitudes évoluent. Les équipes osent chercher, proposer, questionner. Et c’est précisément cette transformation culturelle, soutenue par des outils numériques bien pensés, qui permet d'ancrer durablement la circularité dans les pratiques d’un secteur en pleine mutation.