Le cadre européen de littératie numérique définit les connaissances et aptitudes nécessaires pour "vivre, travailler, s'épanouir" dans nos sociétés transformées par les technologies. Cette version 3.0 intègre l'IA, la cybersécurité et le bien-être numérique. Elle simplifie l'évaluation grâce à quatre niveaux de maîtrise et 523 résultats d'apprentissage. Un référentiel qui guide la stratégie Digital Wallonia 2025-2029 pour structurer ses actions en compétences numériques.
Découvrir DigComp 3.0
La version (cinquième édition du cadre publiée fin 2025) introduit des changements majeurs pour s'adapter aux évolutions technologiques rapides survenues depuis 2022, tout en conservant la structure stable de 5 domaines et 21 compétences.

En tant qu'outil non prescriptif, il sert de socle aux politiques publiques et aux programmes de formation pour combler les fractures numériques en Europe.
Refonte des niveaux de maîtrise
Le cadre DigComp 3.0 définit quatre niveaux de maîtrise pour décrire la progression de l'acquisition des compétences numériques d'un individu. Ces niveaux sont déterminés par une combinaison de la complexité des tâches, de la demande cognitive et du niveau d'autonomie de l'apprenant.
- Basique. À ce niveau, l'individu est capable d'exécuter des tâches simples, éventuellement en bénéficiant d'un encadrement. Son but est d'utiliser le numérique pour soutenir ses objectifs personnels, d'apprentissage ou de travail, et de participer à la société.
- Intermédiaire. L'individu peut réaliser des tâches bien définies et résoudre des problèmes de manière autonome.
- Avancé. À ce stade, l'individu est capable d'évaluer et d'appliquer des solutions à une variété de tâches complexes de façon autonome. Il sait s'adapter à divers contextes pour exécuter les tâches de manière appropriée et peut guider les autres.
- Très avancé. L'individu évalue et résout des problèmes hautement complexes ou spécialisés pour créer de nouvelles solutions ou adapter celles qui existent déjà. Il exerce un rôle de leader en dirigeant et en conseillant les autres.
523 Acquis d’apprentissage (Learning Outcomes)
C'est la nouveauté la plus significative : pour la première fois, le cadre inclut une liste granulaire de 523 acquis d'apprentissage, qui sont classés par niveau de maîtrise et distinguent explicitement les connaissances, les aptitudes et les attitudes. Ils décrivent précisément ce qu'un individu doit savoir, savoir-faire ou adopter comme attitude après un processus d'apprentissage.
Intégration transversale et systématique de l’IA
Alors que DigComp 2.2 avait commencé à introduire des exemples liés à l'intelligence artificielle, DigComp 3.0 l'intègre de manière transversale dans les 21 compétences.
Le cadre utilise un système d'étiquetage innovant :
- IA explicite [AI-E], quand l'IA ou les systèmes d'IA sont mentionnés directement comme un élément central de la compétence,
- IA implicite [AI-I], afin de montrer comment cette technologie influence chaque aspect de la vie numérique, quand l'IA est pertinente sans être nommée, soit parce que l'IA est utilisée comme l'une des nombreuses technologies disponibles, soit parce qu'elle est intégrée dans des outils ou des fonctionnalités sans que nous ne nous en rendions compte (comme la prise de notes automatique dans un outil de collaboration).
Ce cadre met en outre l'accent sur la littératie en IA, incluant la compréhension des biais, la rédaction de requêtes (prompts) ou encore les implications personnelles, éthiques ou sociétales (transparence, vie privée, impact environnemental).
De nouveaux thèmes prioritaires
Le contenu a été substantiellement mis à jour pour refléter cinq priorités sociétales et politiques actuelles :
- La cybersécurité : Une vigilance accrue face aux menaces évolutives.
- Le bien-être numérique : Une attention portée à la santé physique, mentale et sociale, ainsi qu'au « droit à la déconnexion ».
- La lutte contre la désinformation : Des compétences renforcées pour évaluer la fiabilité des sources et comprendre les « bulles de filtres ».
- Les droits et responsabilités numériques : Un alignement sur la Déclaration européenne sur les droits et principes numériques.
- L'impact environnemental : Une prise de conscience des conséquences écologiques des infrastructures numériques et de l'IA.
DigComp 3.0 et la stratégie Digital Wallonia
Les compétences numériques figurent parmi les priorités majeures de la stratégie Digital Wallonia 2025-2029. L'objectif est de rapprocher la Wallonie de la cible européenne de 80% des adultes disposant de compétences numériques de base, tout en développant des compétences avancées et en favorisant l'inclusion numérique des publics fragilisés.
Concrètement, Digital Wallonia prévoit le déploiement d'un outil régional d'autodiagnostic et de certification des compétences numériques. Cet outil permettra aux citoyens, aux demandeurs d'emploi et aux entreprises de mesurer objectivement leur niveau de maîtrise et d'identifier les actions de formation pertinentes.
La Wallonie renforce également ses dispositifs d'inclusion numérique, structure le réseau des Espaces Publics Numériques et soutient les filières TIC et STEAM pour former davantage de spécialistes. L'accord de coopération relatif aux compétences numériques scolaires fait l'objet d'une révision pour intégrer les nouvelles compétences liées à l'IA dans les référentiels éducatifs.
Ces initiatives s'inscrivent pleinement dans la logique du cadre DigComp 3.0, qui sert de référence commune pour structurer les politiques de formation et d'inclusion numériques en Europe.
Développer les compétences numériques est avant tout un enjeu soft skills
En Wallonie, nous savons poser des diagnostics de compétences, mais nous peinons parfois à appliquer les bons remèdes. Former, oui, mais comment exactement ? Car le diable se cache dans les détails.
Comme déjà expliqué dans l'article "Les soft skills. Compétences numériques à part entière" , les compétences numériques de type littératie sont avant tout des compétences d'usage, transversales par nature. L'objectif n'est pas tant de développer des compétences numériques métier que des compétences transversales, même si la frontière entre les deux s'estompe.
Cela signifie qu'il faut proposer moins de formations purement techniques que des initiatives favorisant le développement d'une culture numérique globale et des compétences transversales associées.
Des ateliers de découverte ou de prise en main peuvent être utiles pour certains. Des formations ponctuelles de mise à jour ont également leur place. Mais la plupart des gens ont développé leur culture numérique sur le tas et font évoluer leurs pratiques de manière autonome. C'est précisément ce "mindset" et cette capacité d'apprentissage informel qu'il convient de renforcer.
Il faut donc mettre en place des modalités d'apprentissage adaptées, qui permettent aux individus :
- d'apprendre de manière autonome, c'est-à-dire suivre l'évolution des technologies et être confiants dans leur capacité à s'y adapter.
- de s'adapter à l'imprévu ou à la nouveauté, quand un problème surgit de manière inopinée. Autrement dit : savoir se débrouiller.
Les soft skills sont de plus en plus souvent mentionnées comme essentielles dans un monde marqué par la multiplication des crises et des ruptures technologiques, par divers organismes européens et internationaux, car elles constituent la meilleure réponse à la nécessité de développer la résilience sociétale.
Pour en savoir plus
À propos de l'auteur.
Pascal Balancier
Agence du Numérique