Entre maîtrise des usages de base et nouveaux enjeux technologiques, le baromètre 2025 de maturité numérique des citoyens wallons de l’Agence du Numérique met en évidence l’une des principales conclusions de cette édition. Si les indicateurs d’accès et d’usage classiques atteignent des niveaux élevés, l’Agence du Numérique identifie une fracture numérique profondément reconfigurée, désormais centrée sur la culture numérique, la capacité critique et les enjeux liés à l’intelligence artificielle.
Une infrastructure numérique largement généralisée
96% des citoyens wallons disposent d'au moins un équipement numérique et 94% des ménages bénéficient d'un accès à Internet à domicile. La qualité de la connexion s'améliore : 64% des ménages (+4) jugent leur connexion bonne, même si 9% signalent encore des perturbations régulières.
Le smartphone s'impose comme l'équipement central, parfois unique : seuls 11% des citoyens n'en possèdent pas. 40% des Wallons conservent leur appareil plus de 5 ans, et le reconditionné progresse (10%), principalement pour des raisons financières. L'utilisation du wifi public est également en hausse : 52% des citoyens y recourent chez les commerçants, 48% dans les lieux publics.
Une minorité persistante reste à l'écart : 4% des citoyens sont sans équipement et 5% sans accès Internet à domicile, des situations qui concernent principalement les personnes de 75 ans et plus.
Des usages ancrés, mais inégalement répartis
94% des Wallons ont utilisé Internet au cours de l'année écoulée. La communication numérique (messagerie instantanée, réseaux sociaux, e-mail, appels en ligne) constitue l'usage le plus maîtrisé et le plus universel, tous groupes d'âge confondus (score moyen : 61,5/100).
76% des citoyens (+2 points) ont réalisé un achat en ligne. Les services publics en ligne et les démarches administratives numériques progressent également, portés par la digitalisation croissante des administrations wallonnes et fédérales.
Le Baromètre montre que si les usages classiques sont ancrés, les usages plus émancipateurs restent discrets (score moyen : 40,1/100)
Cybersécurité : une préoccupation croissante, une maîtrise encore insuffisante
73 % des citoyens se disent préoccupés par la sécurité de leurs informations personnelles sur Internet. Cette prise de conscience progresse, notamment chez les jeunes.
30 % des internautes indiquent avoir été victimes d'une arnaque en ligne. Pourtant, 79% des Wallons estiment être capables de reconnaître une arnaque ou un danger numérique, une confiance souvent excessive qui laisse une part importante de la population exposée.
33 % des utilisateurs de réseaux sociaux ont déjà consulté les pages relatives aux conditions générales d'utilisation (CGU), ce qui est un signe encourageant. On trouve parmi ceux-ci les moins de 50 ans et plus particulièrement les 30-44 ans.
18 % des 15-19 ans déclarent avoir subi du cyberharcèlement dans les 12 derniers mois, tandis que 22% ont subi des injures, souvent à plusieurs reprises.
La création de contenu, la cybersécurité et la résolution de problèmes techniques constituent les principaux points de fragilité identifiés par l’AdN. L'IA et la cybersécurité affichent conjointement le plus haut niveau de préoccupation sociétale.
Maturité numérique en progression et confirmation d'une fracture numérique du 3ème degré
L'indicateur de maturité numérique atteint 57/100 en 2025, en progression continue par rapport à 2023 (54) et 2021 (50,8). La population wallonne se répartit en six profils :
- Experts (24 %),
- Aguerris (30 %),
- Confirmés (21 %),
- Initiés (12 %),
- Éloignés (7 %),
- Déconnectés (6 %).
Les maturités les plus faibles concernent 16 % de la population, principalement les plus de 75 ans, les femmes seules et les inactifs de plus de 65 ans.
21 % (=) des citoyens estiment leurs compétences numériques insuffisantes et 36 % souhaitent bénéficier d'une formation. La demande d'accompagnement dépasse la capacité actuelle du réseau d'aidants numériques.
La principale évolution de cette édition réside dans la consolidation d'une fracture de 3ème degré : celle de la culture numérique et de la capacité à agir de manière autonome et critique dans un environnement technologique de plus en plus complexe.
L'intelligence artificielle : entre adoption rapide et illusion de compétence
L'IA fait désormais partie du quotidien des Wallons : 31 % l'utilisent dans leur vie privée et 40 % des travailleurs dans leur vie professionnelle. Son adoption est particulièrement marquée chez les étudiants. Ceux-ci ne sont plus que 32 % (-14 points) à demander des formations numériques , signe que l'IA leur donne un sentiment de compétence accru.
C'est précisément ce sentiment que le Baromètre interroge. Les outils d'IA générative permettent de produire textes, synthèses ou images sans maîtriser les mécanismes sous-jacents, créant un biais cognitif : obtenir un résultat ne signifie pas comprendre ce qu'on délègue à la machine.
Ce décalage entre performance assistée et compétence réelle risque d'amplifier les inégalités numériques, notamment en matière de cybersécurité, de vérification de l'information et de compréhension des algorithmes.
Plus globalement, la confiance dans la technologie recule (56 %, -10 points) tandis que les préoccupations sociétales (dépendance, désinformation, opacité algorithmique) prennent une importance croissante.
Conclusions
Les technologies numériques ne cessent d’évoluer. Il en va de même pour les usages et les compétences nécessaires pour les maîtriser. Au-delà des indicateurs traditionnels, le baromètre 2025 de l’AdN propose une analyse en profondeur de la manière dont les Wallons utilisent et perçoivent le numérique. Cette distinction est importante, utilisation et perception présentant souvent des divergences marquantes, notamment dans le domaine des réseaux sociaux, de la cybersécurité et, bien sûr, de l’intelligence artificielle.
Sur base des référentiels européens notamment, l’AdN propose un modèle innovant qui permet véritablement de “représenter” la maturité numérique des citoyens wallons au travers de 6 grandes catégories : experts, aguerris, confirmés, initiés, éloignés et déconnectés.
Enfin, l'AdN propose des recommandations pour accompagner les citoyens qui sont confrontés au risque d’une fracture numérique. Avec l’irruption de l’IA, celle-ci ne se situe plus uniquement dans l’accès, ni même dans l’usage, mais dans la capacité à comprendre ce que l’on délègue à la machine, à exercer un jugement critique et à conserver un pouvoir d’agir autonome dans un environnement technologique assisté.
Recommandations de l’Agence du Numérique
Dans le cadre de la stratégie Digital Wallonia 2025-2029 du Gouvernement wallon, qui place les compétences numériques au cœur de ses priorités, l'Agence du Numérique formule cinq recommandations.
Évaluer, former, attester, valoriser
Pour atteindre l'objectif européen de 80 % d'adultes dotés de compétences numériques de base d'ici 2030, l'AdN recommande la mise en place d'une attestation officielle alignée sur le référentiel DigComp, accessible à tous et pensée comme levier d'inclusion et d'orientation des politiques publiques.
Renforcer la culture numérique
La compréhension des enjeux liés à l'IA et à la cybersécurité reste insuffisante. Une politique de sensibilisation centrée sur l'esprit critique doit s'appuyer sur les médiateurs numériques et des campagnes de communication incarnées.je ne vLes passeurs de culture numérique sous les projecteurs
L'application MaCartoNum.be doit devenir la porte d'entrée de référence vers l'aide au numérique en Wallonie, complétée par un réseau fédéré d'acteurs pour renforcer leur visibilité et la cohérence des actions.
Pour une société numérique accessible
L'accessibilité des sites web doit être une exigence de base, généralisée aux services publics et encouragée dans le privé dès la conception.
Garantir des alternatives au numérique
Le numérique ne peut être le seul canal d'accès aux services. Une approche digital-first et non digital-only (guichets physiques, téléphone, supports papier) est indispensable pour garantir l'accès aux droits de tous.
Pour en savoir plus
À propos de l'auteur.
Olivier Ruol
Agence du Numérique