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Publié le 11 juin 2021

Au coeur du Green Deal, la séquestration de carbone dans le sol constitue un enjeu de société majeur. Les techniques agricoles existent. Elles constituent une opportunité extraordinaire pour le secteur numérique wallon.

Au centre des cinq pays européens producteurs de pommes de terre et de ce que les betteraviers ont coutume d’appeler la Sugar Belt de l’Union Européenne, la Wallonie dispose géologiquement de terres limoneuses parmi les plus fertiles et les productives d'Europe. C'est aussi l'un des meilleurs laboratoires à ciel ouvert pour le développement de nouvelles solutions agro-numériques rencontrant simultanément les objectifs des stratégies Green Deal et Numérique.

La Wallonie a donc l'opportunité de se positionner en leader dans ce domaine et d'exporter son expertise vers d'autres pays européens.

Terres agricoles et puits de carbone


L’intensification des pratiques du secteur des grandes cultures depuis la seconde guerre mondiale a entraîné un appauvrissement substantiel de la teneur en carbone organique des sols, entraînant une sensibilisation accrue à l’érosion hydrique et aux coulées boueuses. Comme le soulignent les experts du Green Deal, la prolifération de cette molécule de carbone dans l'air affecte les écosystèmes en participant, entre autres, à l'effet de serre.

Si la photosynthèse permet naturellement d'extraire le carbone de l’atmosphère et de le stocker de matière durable sous forme de matières organiques dans les sols (l'humus), l'objectif est d'accélérer fortement les techniques et pratiques de séquestration du carbone dans le sol.

Les agriculteurs wallons maîtrisent bien les techniques d'optimisation de retour de carbone à la terre et la limitation de son déstockage. Les semis de cultures intermédiaires à la fin de l’été (les "engrais verts" qui se teintent parfois de jaune ou de mauve à l’arrière-saison) en sont une. Pratiquée à très large échelle, cette pratique vise initialement à réduire la pollution des nappes phréatiques par les nitrates. Mais elle s’avère aussi être une technique très efficace pour "séquestrer" le carbone dans le sol.

Certains vont même plus loin, en réduisant, voire en supprimant, le travail du sol (Agriculture de Conservation des Sols). De nombreux agriculteurs wallons partagent leurs expériences au travers d’associations comme Greenotec, de matériel agricole spécifique ou via les conseils d’agronomes spécialisés via des réseaux professionnels comme Regenacterre.

Les objectifs de lutte contre le réchauffement climatique confèrent aux terres agricoles un statut particulier. Sans contester l'impact négatif de émissions de carbone induites par les cultures (consommation d’énergie fossile par les machines, utilisation d’engrais dont la fabrication est énergivore, ...), leur rôle potentiel de "puits de carbone" leur permet d'intégrer à part entière la stratégie Green Deal de l’Union Européenne, avec des implications financières non-négligeables.

On voit ainsi émerger de nouveaux modèles économiques mettant en œuvre des mécanismes de financement public (Politique Agricole Commune, ...) ou privés (compensation volontaire de l’émission des gaz à effet de serre par les entreprises) destinés à contribuer à l’effort climatique.

La Belgique n’est pas en reste, avec des premières initiatives comme les programmes Soil Capital Carbon ou encore Farming4Climate.

Opportunités pour le secteur numérique


L’objectivation des pratiques de séquestration de carbone est actuellement au centre de toutes les attentions et devrait à terme conduire à l’octroi de labels de certification nationaux ou internationaux.

Le MRV (Monitoring, Reporting et Verification) va guider les politiques de réduction et de séquestration des GES et identifie les 3 trois priorités pour lesquelles le secteur numérique wallon disposent d'opportunités remarquables.

On peut notamment souligner:

  • l'expertise acquise par plusieurs équipes scientifiques, dont celles de l’UCLouvain, afin de cartographier les stocks de carbone organique dans les sols, par imagerie satellitaire,
  • les travaux du [profiles type="single" slug="cra-w" display="link"]Centre Wallon de Recherches Agronomiques[/profiles] pour estimer la productivité des cultures intermédiaires grâce aux satellites SENTINEL-2,
  • les nombreuses entreprises privées qui se sont faites de la télédétection une spécialité : Spacebel, ScanWorld,Quadratic, GIM Wallonie.

Avec la généralisation des pratiques de séquestration du carbone dans le sol, les opportunités pour le secteur numérique wallon, en matière de développement et d'innovation, sont considérables. 

Ainsi, l’acquisition et le traitement des données dépassent largement le secteur de l’imagerie satellitaire. A titre d’exemple, la société française SMAG estime que la réalisation du bilan carbone d’une exploitation agricole avec une cinquantaine de parcelles nécessite l’acquisition de plus de 5.000 données, dont certaines pourraient être captées directement au sein des exploitations grâce à l’IoT. Marginales il y encore quelques années, les stations météos connectées sont désormais utilisés par près de 10 % des producteurs wallons. Voilà de quoi inspirer et motiver nos entreprises à développer des objets connectés pour monitorer les flux de carbone.

La combinaison de l'Intelligence Artificielle et de l'agronomie est particulièrement prometteuse, par exemple pour valoriser certaines bases de données sectorielles. La Wallonie est l'une des régions d’Europe les plus avancées dans le domaine de la cartographie numérique de ses sols (accessible sur le Géoportail de la Wallonie) construite sur base de prélèvements de carottes de sol sur la totalité de son territoire selon une maille de 70 mètres de côté. Combinée aux millions de résultats d’analyses de sol effectuées par les laboratoires de notre région, on peut aisément imaginer l’intérêt pour la définition de politiques ambitieuses, leur mise en œuvre sur notre territoire et leur développement à d’autres régions d’Europe.

Digital Meets Farming


Le 15 juin 2021, l'INFOPOLE Cluster TIC et l'WalDigiFarm, partenaires de Digital Wallonia, organisaient une rencontre entre les acteurs wallons des secteurs du numérique et de l'agriculture sur les opportunités offertes par la séquestration du carbone dans le sol.