Wallcode

Opération #Wallcode. Apprendre à coder pour ne pas être programmé !

La Wallonie organisait l’opération #WallCode du 21 au 25 novembre 2016, une semaine du code qui vise à sensibiliser élèves et enseignants aux sciences informatiques, à la logique algorithmique et aux langages de programmation

La logique algorithmique

Dans une société où le numérique est désormais omniprésent, il devient impossible de vivre, travailler et s’épanouir, sans comprendre le fonctionnement d’un environnement qui repose sur la logique algorithmique.

Il est donc important de sensibiliser les jeunes dès le plus jeune âge aux sciences informatiques, à la logique algorithmique et aux langages de programmation. C’est pourquoi, la Wallonie a lancé l’opération WallCode, une semaine du code (du 21 au 25 novembre 2016) afin de sensibiliser les acteurs de l’enseignement et faire bouger les lignes.

Culture générale, numérique et scientifique

D’une manière générale, les sciences informatiques font parties intégrantes de la culture scientifique. De même que nous avons appris les oxydoréductions à l’école, les sciences informatiques doivent intégrer la culture générale que tout citoyen devrait connaître.

L’expérience montre par ailleurs que connaissances, sciences ou techniques doivent se démocratiser pour atteindre leur plein potentiel. Réservée dans un premier temps à une élite, l’écriture s’est ensuite démocratisée, permettant à nos sociétés de réaliser un formidable bond en avant. Les connaissances scientifiques ont suivi le même processus. Les sciences informatiques sont, quant à elles, à la croisée des chemins.

Dans son rapport « l’enseignement de l’informatique en France : Il est urgent de ne plus attendre », l’Académie des sciences explique que « l’informatique est devenue bien plus qu’un pourvoyeur d’outils à savoir utiliser sans trop penser. Au contraire, elle est devenue un immense espace de création scientifique, technique, industrielle et commerciale, ainsi qu’un des domaines les plus créateurs d’emplois directs ou indirects dans le monde ».

S’il est beaucoup question de « littératie numérique », depuis que la culture numérique fait partie intégrante de nos sociétés, la maîtrise des outils et la prise en compte des problématiques relatives à l’e-réputation ou à la cybersécurité ne suffisent évidemment pas à nous faire entrer dans l’ère numérique, à en comprendre les enjeux et en affronter les défis. Il faut revenir aux fondamentaux, aux sources, au sens littéral et figuré!

La pensée algorithmique est le mode de raisonnement qui a rendu la révolution numérique possible. Elle permet de raisonner en réduisant la résolution d’un problème en une succession de tâches simples qui peuvent être automatisées. Si les sciences informatiques sont proches des mathématiques par leur aspect logique, le raisonnement qui les sous-tend est foncièrement différent d’une démarche de calcul.

Comprendre les sciences informatiques, et notamment la pensée algorithmique, permet une meilleure perception générale des enjeux et opportunités par exemple en matière de sécurité, de persistance des données ou d’expression de nos besoins, faisans de nous des utilisateurs actifs et avertis. Plus largement, apprendre les bases de la programmation est devenu nécessaire pour exercer pleinement son rôle de citoyen.

Opération #WallCode

La Wallonie a donc lancé l’opération #WallCode. Une semaine du code pour sensibiliser élèves et enseignants aux sciences informatiques, à la logique algorithmique et aux langages de programmation. #WallCode s’adosse à la dynamique mondiale HourOfCode.com, mais en l’adaptant au calendrier scolaire en Belgique francophone. La 1ère édition a eu lieu du 21 au 25 novembre 2016.

Les partenaires de l’opération, près d’une quarantaine d’acteurs publics et privés, ont défini collégialement les contours de l’action et ses priorités autour de deux axes principaux:

  1. une offre d’animation coding à destination des élèves;
  2. une offre de formation des enseignants aux sciences informatiques.

Mettre en place une offre d’animation coding à destination des élèves

La première idée était de proposer aux écoles et aux enseignants qui le souhaitent l’organisation d’ateliers d’initiation à la logique algorithmique et aux langages de programmation à destination des élèves du maternelle, primaire et secondaire.

C’est le consortium HourOfCode.be, composés d’acteurs de terrain spécialisés dans les animations de coding, qui était chargé de coordonner la mise en place de cette offre, notamment en:

  • démarchant les écoles et enseignants afin de collecter les manifestations d’intérêt;
  • prospectant d’autres partenaires potentiels (EPN, kidscode, Le Wagon, Devoxx, etc.), afin d’amplifier l’offre d’animation;
  • stimulant les enseignants à diriger des animations de coding dans leur classe.

Par ailleurs, Le Pass participait à l’action et proposait des activités de découverte dans le cadre de la semaine du code.

Mettre en place une offre de formation des enseignants aux sciences informatiques

La deuxième idée est d’organiser des formations aux sciences informatiques à destination des enseignants du maternel, primaire et secondaire, afin qu’ils puissent mener eux-mêmes des animations de coding dans leur classe, ainsi qu’à destination des futurs enseignants et les formateurs d’enseignants.

Un focus particulier est mis sur les enseignants qui dispensent actuellement les cours à option informatique et éducation par la technologie. Cette approche leur donnerait les outils afin de compléter les activités de littératie et de bureautique qu’ils organisent déjà par des activités relatives à l’algorithmie et à la programmation.

C’est un consortium fédérant l’ensemble des Universités et des Hautes écoles « section informatique » qui est chargé de coordonner la mise en place de cette offre de formation.

Au préalable, un travail d’identification des outils et ressources existants afin de les analyser, tester, documenter, voire traduire, est nécessaire. Ce travail permettra d’élaborer:

  • la boite à outils dont les enseignants ont besoin,
  • un cursus cohérent pour le 1er cycle du secondaire (1ère et 2ème années). Cette dernière proposition sera communiquée à la Fédération Wallonie-Bruxelles afin qu’elle dispose d’une base fiable et éprouvée pour l’introduction de cours de sciences informatiques dans les programmes du tronc commun.

Spécialisée dans la didactique des sciences et des techniques avec un fort ancrage dans l’enseignement primaire, l’asbl Hypothèse complétera idéalement le travail du consortium des Universités et des Hautes écoles.

Les vertus pédagogiques de l’enseignement des sciences informatiques

Pédagogie active et apprentissage par problème (APP)

Les atouts pédagogiques de l’enseignement des sciences informatiques sont nombreux. « Le mode de raisonnement s’appuie sur la logique algorithmique, c’est-à-dire sur le séquençage d’action. Cette logique est différente de celle du calcul et permet des choses que le calcul ne permet pas. Dans l’ADN de l’informatique il y a la résolution de problème ! Et plus largement l’Informatique s’apprend en faisant » (Chantal Poncin, UCL).

Le coeur des sciences informatiques repose sur la « pensée algorithmique ». Celle-ci vise à résoudre des problèmes complexes en décrivant précisément les étapes successives de manière à pouvoir être ensuite automatisées sur un ordinateur. En d’autres termes, un algorithme est une suite finie et non-ambiguë d’instructions permettant de donner la réponse à un problème. Dans la définition même de cette pensée algorithmique, il y a la notion de problème à résoudre. Tout cours d’informatique devrait donc respecter cette démarche et proposer aux élèves d’aboutir à une réalisation concrète de leurs idées qu’ils auront dû formaliser pour arriver à un algorithme. Via cette approche, ils entreprendront naturellement à leur niveau une démarche créative et d’innovation.

Ces capacités de raisonnement logique, de modélisation, d’abstraction et de résolution de problème sont également extrêmement utiles dans de nombreux métiers et offrent un espace intéressant pour le développement de compétences transversales telles que la créativité, la rigueur, la gestion de projet, etc.

Moteur pour la créativité

Maîtriser le numérique permet de développer sa créativité.

Il y a d’une part le plaisir et l’amusement de travailler à des réalisations concrètes orientées résolution de problème. Par exemple piloter un drône, programmer un robot, créer son propre jeu ou son application mobile, etc. Il y a d’autre part les « possibilités quasi infinies offertes par les langages de programmation qui permettent de réaliser énormément de choses avec très peu de moyens » (Chantal Poncin, UCL).

Les stéréotypes et l’enjeu de l’orientation professionnel

Les sections informatiques des Hautes écoles et Universités sont confrontés à un problème d’orientation. D’une part, parce que les stéréotypes associés aux métiers de l’informatique ont la dent dure. D’autre part, parce que même les élèves du secondaire qui bénéficient de cours d’informatique reçoivent le plus souvent des cours de bureautique (utilisation de logiciels) ou d’éducation aux médias qui leur donne une idée erronée ou du moins incomplète de la filière.

L’absence de véritable cours de « sciences informatiques » dans le tronc commun de l’enseignement obligatoire ne permet pas aux élèves de se faire une idée correcte de ce domaine d’activité. Enseigner les fondements de cette discipline à tous les jeunes dans le tronc commun du secondaire offrirait par conséquent une possibilité pour casser en brèche quelques préjugés et faire entrevoir de nouvelles perspectives professionnelles à l’ensemble des élèves, filles comme garçons.

Pas de révolution numérique sans enseignants qui s’engagent

La réticence de la majorité des enseignants à compléter leurs compétences par des compétences numériques et informatiques est compréhensible mais dommageable. Le corps enseignement ne pourra pas faire plus longtemps l’économie de mettre un peu d’énergie pour intégrer ces nouvelles compétences. En effet, cela demande un peu d’investissement personnel et l’enseignant peut ne pas se sentir dans sa zone de confort, mais si leurs élèves y arrivent, ils devraient pouvoir le faire aussi.

Une expérience a d’ailleurs été menée avec des enseignants récalcitrant à l’issue de laquelle l’enthousiasme était bien là! Non pas pour les technologies, les jeux ou les réseaux sociaux mais pour la logique algorithmique, stimulante, rigoureuse et amusante.