Transformation digitale

Ma voiture conduit toute seule

Sécurité interactive, connectivité ou conduite sans chauffeur, les technologies vont profondément modifier le paysage automobile. La voiture, symbole du « monde mécanique », va affronter une concurrence nouvelle, dépassant les frontières de son écosystème traditionnel et largement issue du digital

Les défis de l’industrie automobile

Alors que les chaînes de valeur traditionnelles sont remises en cause et que les « data » pourraient remplacer les chevaux-vapeurs comme échelle de référence, le consultant McKinsey vient de publier une étude très intéressante, A road map to the future for the auto industry, sur le futur du secteur automobile. Celui-ci est confronté à différents défis qui interagissent fortement entre eux. La plupart s’inscrivent directement dans la perspective de la transformation digitale.

  1. Les marchés émergents. Quelle sera la stratégie des constructeurs vis-à-vis de la Chine où les ventes annuelles pourraient atteindre 30 millions de véhicules d’ici 2020? Comment s’adapter si la concurrence y devient trop intense, voire insoutenable pour certains acteurs? Quels sont les autres marchés émergents sur lequels il convient de se focaliser dès à présent?
  2. Les contraintes de la demande. Comment les futurs plans de croissance vont-ils intégrer des facteurs tels que l’attitude des jeunes consommateurs vis-à-vis de la « possession » d’une voiture, les effets de l’urbanisation toujours plus rapide, la lutte contre la congestion du trafic et, de manière générale, les tendances réglementaires susceptibles de freiner la demande de nouveaux véhicules?
  3. La propriété. Alors que l’économie collaborative se positionne comme une alternative aux modèles économiques traditionnels, des tendances comme le « car sharing » vont-elles apporter de nouvelles réponses à des questions telles que … Qui va acheter les voitures? Comment seront-elles utilisées? Quand les personnes et les entreprises vont-elles les acheter?
  4. Les compétences et l’identité. Les ruptures technologiques entraînent le plus souvent des pénuries en matière de ressources humaines. Comment s’assurer que les entreprises du secteur automobile disposeront de l’expertise numérique nécessaire, et donc des profils humains adaptés? D’autre part, si le digital transforme la nature même des voitures, jusqu’à les rendre autonomes, comment les marques automobiles pourront-elles préserver leur âme et leur identité historiques?
  5. La connectivité. Quelle sera la valeur ajoutée et captée par les voitures dans le contexte d’une mobilité toujours plus connectée? Quelles seront les « killer applications » qui permettront de répondre à la demande pour une offre de mobilité intégrée, une sécurité active et des communications transparentes?
  6. Les standards. Quel sera le package technologique (moteurs, sources d’énergie, matéraux légers, systèmes d’exploitation, connectivité, …) le plus adapté pour rencontrer les normes toujours plus strictes en matière d’émissions et d’économie d’énergie à travers le monde, tout en préservant la satisfaction des utilisateurs, quelles que soient leurs caractéristiques et leurs zones géographiques.
  7. La participation du public. Dans un contexte où la régulation dépasse désormais les usages classiques d’une voiture et où les questions relatives à la mobilité, la pollution ou la sécurité se posent avec toujours plus d’intensité, comment les citoyens peuvent-ils contribuer concrètement au débat? Comment s’assurer que les avantages sociaux et économiques, mais aussi les charges réglementaires d’une mobilité complètement repensée seront équitablement répartis?

La transformation du secteur automobile

Ces dernières décennies, les constructeurs ont consacré leurs efforts à l’amélioration des caractéristiques mécaniques de leurs modèles, pour en améliorer les performances et le rendement, par exemple au niveau de la puissance en chevaux, des aides à la conduite et autres gadgets technologiques. Mais cette dynamique est en train de changer. Ainsi, aux Etats-Unis, pourtant patrie de l’automobile reine, les exigences en matière de consommation, de sécurité ou de pollution font évoluer la mentalité des consommateurs, qui ne sont plus prêts à payer pour les mêmes options coûteuses qu’il y a 10 ans à peine.

Dans un contexte où les pressions réglementaires et concurrentielles vont aller crescendo, les technologies digitales devraient être à la base d’un profond renouvellement des processus industriels et économiques du secteur automobile.

  • L’acquisition et l’analyse des données seront au coeur de la chaîne de valeur du secteur automobile, depuis la conception et la maintenance des différents systèmes embarqués, jusqu’à l’amélioration des processus de vente et des modèles de marketing.
  • La digitalisation du design et de la production va entraîner des progrès de productivité considérables, les simulations basées sur le big data et la conception virtuelle permettant de diminuer les coûts et de réduire les délais de commercialisation.
  • Les plateformes globales en ligne permettront de connecter l’offre et la demande à une échelle mondiale pour améliorer l’efficacité globale de la chaîne d’approvisionnement.
  • Les activités connectées réalisées par les passagers à l’intérieur même de la voiture pourraient également générer de nouvelles sources de revenus.

Si ces évolutions devraient répondre aux attentes de consommateurs désormais habitués au rythme soutenu d’innovation technologique imposé par le secteur de l’électronique grand public, notamment avec les smartphones, elles posent évidemment des questions cruciales en matière de vie privée, de régulation et de cyber-sécurité. Ainsi, aux États-Unis, la NHTSA (National Highway Traffic Safety Administration ) a annoncé son intention de rendre obligatoires les communications véhicule à véhicule. Cela pose notamment des questions quant à la capacité des constructeurs et des fournisseurs d’équipements à garder le contrôle sur les données émises par chaque véhicule.

L’empowerment issu des technologies digitales et la connectivité permanente rendent l’idée de posséder une voiture personnelle n’est plus un tabou sacré. La notion même de voiture comme « machine » personnelle et autonome est remise en cause, avec comme premières évolutions concrètes le « car-sharing » et les startups issues de l’économie collaborative (Uber, ZipCar, Lyft, ou, en Wallonie, Djump). La prochaine étape sera une nouvelle forme de « propriété » donnant accès à différents types de véhicules: des utilitaires de tous types, des véhicules d’entreprise sécurisés, mais aussi des voitures délibérément orientées « plaisir et performance ». Un conducteur ne sera pas, comme aujourd’hui, confiné à un seul type d’usage ou de segment. La voiture s’inscrira dans un concept plus large de mobilité personnelle flexible, singulièrement dans les villes.

La voiture connectée et autonome

La voiture du futur sera connectée, c’est désormais une évidence. Elle sera capable de superviser en temps réel ses propres composants et le niveau de sécurité de son environnement proche, de communiquer avec les autres véhicules et des infrastructures routières toujours plus intelligentes. Véritable plateforme technologique, elle s’intègrera à un réseau global et intelligent de mobilité. En captant et analysant ces données, produites en continu et sur une échelle inédite, les constructeurs pourront améliorer la sécurité et l’efficacité des déplacements.

Alors que 90% des accidents auraient actuellement pour origine une erreur humaine, la voiture autonome programmée pour ne pas avoir d’accident pourrait rapidement devenir réalité, même si sa mise en service et son interaction avec les voitures « classiques » posent de très nombreux problèmes. Cette période de transition sera particulièrement critique.

Avec un tel véhicule, les passagers seront seulement responsables du choix de la destination. Cela ouvre des perspectives tout à fait nouvelles pour:

  • le déplacement des personnes âgées ou souffrant de divers handicaps,
  • l’optimisation du trafic et la réduction des temps de trajets,
  • la gestion et le respect du code de la route,
  • la simplification de la construction des véhicules dont certains équipements onéreux deviendraient obsolètes,
  • les assurances automobiles, dont certains volets n’auraient plus de sens,
  • les entretiens et les éventuelles répérations désormais programmées par le véhicule lui-même.

… et si on aime conduire ?

Le prototype de véhicule autonome de Google n’a pas de volant, de pédale de frein ou d’accélérateur. Dès lors, que devient l’expérience de conduite? Voilà peut-être le défi majeur des constructeurs. Ceux-ci devront travailler à créer une experience automobile attractive, même si elle risque d’être différente de ce que nous connaissons depuis plus de 100 ans …

Transformer la mobilité personnelle

En conclusion, comment envisager le futur de notre mobilité? Dans son étude « Transforming Personal Mobility« , le « Earth Institute » de l’Université de Columbia explique que pour envisager un véritable modèle global de mobilité personnelle, offrant de meilleurs services à un coût largement inférieur, il est indispensable de combiner et de faire interagir plusieurs catalyseurs technologiques et business:

  1. La mobilité par Internet. Internet permet désormais de changer les déplacements des biens et des personnes, en coordonnant de larges volumes de données en temps réel relatives à l’espace, au temps et aux infrastructures physiques.
  2. Les voitures autonomes et/ou sans conducteurs. Elles permettent aux passagers de retrouver le contrôle sur leur temps de déplacement, par exemple, pour travailler, manger, discuter ou consommer des contenus multimédias, sans se mettre en danger ou provoquer des problèmes dans le trafic.
  3. Les voitures partagées. Utilisées par différentes personnes tout au long de la journée, elles combinent efficacité et rentabilité, alors que les voitures individuelles sont garées plus de 90% du temps.
  4. Les véhicules à usage spécifiques. Développés et optimisés pour des besoins de mobilité particuliers liés aux déplacements, aux personnes ou biens transportés, ils permettent des économies d’énergie, d’espace et de coût par rapport à des véhicules standards.
  5. Les nouveaux systèmes de propulsion. En faisant appel à des sources d’énergie alternatives combinées ou non aux moteurs traditionnels, ces systèmes permettent d’économiser les ressources naturelles, de limiter la pollution et les coûts. Leur fonctionnement est optimisé grâce aux technologies numériques.

Individuellement, chacun de ses catalyseurs permet déjà aujourd’hui d’améliorer la mobilité, mais de façon incrémentale. C’est par leur interaction que notre mobilité pourra être radicalement « transformée ». Cette interaction ne peut être pilotée que par des plateformes digitales et algoryhtmiques, travaillant en temps réel sur l’ensemble des acteurs de l’offre et de la demande de la mobilité: véhicules, conducteurs, passagers, infrastructures, entreprises, transports publics, villes, etc.